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09.03.2026

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Leonard Cardenas, participant aux Olympiades de mathématiques à Cuba et en Suisse

Parfois, des jeunes ne participent pas à plusieurs olympiades, mais à la même olympiade, dans différents pays. Médaillé d’or aux Olympiades de mathématiques à Cuba, Leonard émigre à Genève, où il prend part aux Olympiades suisses en 2024-2025. Retour sur ces deux expériences.

Pourquoi as-tu pris part aux Olympiades de mathématiques à Cuba?

J’ai choisi de participer aux Olympiades parce qu’il y a beaucoup d’avantages, et beaucoup d’autres personnes font de même. Le ministère de l’Éducation dispense les participant∙e∙s de l’examen semestriel de mathématiques. Si l’on se qualifie pour les Olympiades internationales, on n’a pas besoin de passer d’examens d’admission aux universités pour des études dans la branche concernée. Je pense que si c’était le cas ici aussi, il y aurait plus d’élèves qui participeraient. 
La première fois que j’ai participé, en 11e année, cela s’est bien passé. Je pense que c’est grâce au temps de préparation conséquent que l’école nous a accordé que j’ai pu plonger dans le monde des mathématiques. Sans ce temps de préparation, je ne suis pas sûr que j’aurais passé le premier tour, je n’aurais probablement pas réessayé. Nous avions congé à l’école pour nous concentrer sur les mathématiques, c’était aussi le cas pour les autres olympiades.

Y avait-t-il des enseignant∙e∙s pour vous aider?

Les enseignant∙e∙s avaient rarement le temps pour donnes des leçons, car il n’y avait pas assez de personnel dans l’école où j’étudiais. Il faut aussi dire que les mathématiques du concours sont très différentes de celles des cours à l’école. On nous demande de réfléchir différemment, et un∙e enseignant∙ doit avoir beaucoup d’expérience pour s’y plonger rapidement. Oui, l’expérience des Olympiades joue un grand rôle. Les examens sont corrigés par des professeur∙e∙s d’université de chaque province.

Jusqu’à quel tour as-tu pris part?

J’ai participé jusqu’à la sélection de l’équipe nationale, j’étais le quatrième du classement. Le budget ne couvrait que les frais de voyage de deux participant∙e∙s et d’un∙e accompagnant∙e aux Olympiades internationales de mathématiques (IMO), alors je n’y suis pas allé.

Aurais-tu pu concourir aux IMO si ta famille avait payé le voyage?

Non, le ministère de l’éducation veut prendre en charge tous les frais, même si j’avais proposé cela, cela n’aurait pas été accepté; c’est un pays communiste.

Qui prend part aux compétitions internationales ? Ici, les Olympiades envoient différentes personnes aux compétitions, c’est une forme de reconnaissance envers les médaillé∙e∙s d’or, d’argent et de bronze.

A Cuba, les médaillé∙e∙s d’or voyagent à toutes les compétitions internationales, qu’elles soient la principale ou les secondaires, comme les régionales. Si une personne ne peut pas y aller, parce qu’elle est trop âgée par exemple, elle est remplacée par la personne suivante dans le classement. Je sais que c’est ainsi dans d’autres pays, mais pas en Suisse. 

Tu vis dans le canton de Genève depuis deux ans. T’es-tu inscrit aux Olympiades de mathématiques dès ton arrivée?

Non, lorsque j’ai été sélectionné pour l’équipe nationale cubaine, j’ai senti qu’il me manquait beaucoup de connaissances et j’ai commencé à douter. J’ai déménagé et il m’a fallu du temps pour trouver mes repères, ce qui a accru mes doutes sur mes capacités. En général, quand tu prends part à un concours, il faut garder un pied dedans, continuer à étudier régulièrement, sinon il est difficile de s’y replonger dedans, même après un mois. Heureusement, quand qu’on a de l’expérience, c’est plus facile.
Je savais que les Olympiades de mathématiques existaient dans beaucoup de pays, alors quand j’ai immigré, j’avais ce concours en tête. J’ai facilement trouvé les Olympiades suisses sur internet. J’ai commencé l’école secondaire en français, cela demande des efforts, alors j’ai laissé passer une année. J’ai changé de niveau, donc je suis dans une nouvelle école.
Je m’entraîne sur les mathématiques sur un site web. J’ai demandé l’avis de mon père et de mon enseignante de mathématiques avant de m’inscrire aux Olympiades. Il a appelé pour se renseigner et mon enseignante m’a fourni des informations. Elle m’a également donné le flyer des Olympiades de mathématiques.

As-tu déjà participé ou souhaites-tu participer à d’autres olympiades?

Non, j’avais envisagé de m’inscrire aux Olympiades de physique, mais la physique de la compétition internationale ne m’intéresse pas, je préfère une physique du quotidien.

As-tu remarqué des différences entre les examens du premier tour en Suisse et à Cuba?

On remarque la différence. À Cuba, le niveau augmente progressivement d’un tour à l’autre. Le seuil est bas par rapport aux mathématiques enseignées à l’école. En Suisse, j’ai trouvé que l’écart entre les mathématiques enseignées à l’école et celles du premier tour était plus grand qu’entre les tours suivants. A Cuba, les écarts entre les niveaux sont plus marqués.

Qu’en est-il des exercices ?

J’ai remarqué des différences dans les exercices d’algèbre. En revanche, les exercices de géométrie sont presque identiques. Au moment de la préparation aux Olympiades internationales, le niveau est similaire. 

Raconte-moi comment s’est passée ta préparation aux Olympiades internationales.

C’était très chouette. Avant la sélection pour les Olympiades internationales, les participant∙e∙s de toutes les olympiades et des enseignant∙e∙s se retrouvent trois ou quatre mois avant l’événement pour réviser. Puis, deux mois avant, c’est comme un camp : les participant∙e∙s se retrouvent dans une école vide et des professeur∙e∙s viennent nous entraîner. Nous sommes dispensé∙e∙s d’aller à l’école, mais nous devons quand même nous assurer de passer l’année. Quand on aime ce qu’on étudie, c’est vraiment chouette, on est entouré∙e d’ami∙e∙s. Les Olympiades forment un groupe, c’est super. Comme on étudie toute la journée et qu’on a deux mois pour s’y préparer, le soir on pense à autre chose, sauf les personnes qui cumulent du retard. À Cuba, les gens sont sympathiques et il est facile de nouer des amitiés. 

C’est un rythme exigeant. Comment font les personnes qui participent à plusieurs olympiades la même année?

Ils et elles se préparent en même temps. Par exemple, les personnes douées en informatique le sont généralement aussi en mathématiques. J’ai connu une jeune fille qui a fait cela ici. 
J’étais surpris d’apprendre que des participant∙e∙s en mathématiques participaient également à celles de philosophie, car je croyais que ce sont des disciplines opposées.

Quelle a été ton expérience au deuxième tour en Suisse ?

J’ai l’impression qu’ici, le contact est plus difficile. C’est différent : ici, je n’étais pas entouré d’ami∙e∙s, comme à Cuba. Je sentais une distance avec les autres. J’ai plus vécu l’épreuve comme un défi à relever plutôt que comme un moment de plaisir. Je ne suis pas encore à l’aise avec le français, ni avec l’anglais, donc je me mets en retrait.
Un bénévole qui parlait espagnol m’a beaucoup aidé en traduisant les exercices dans ma langue, je le remercie énormément. 

Est-ce que ton expérience t’a aidé à choisir tes études?

Mon rêve serait de devenir enseignant de mathématiques fondamentales, préparateur pour les compétitions internationales. Les mathématiques des Olympiades sont belles, parce qu’elles sont créatives. Je pense que j’étudierai l’ingénierie, car je viens d’une famille d’ingénieur∙e∙s et j’ai toujours baigné dedans.

Qu’est-ce qui pourrait motiver d’autres personnes à participer?

A mon avis, les gens participent plus facilement s’ils et elles voient un avantage. Si la discipline te plaît, c’est le bonheur qui t’encourage à continuer, pas l’avantage initial. Pour ceux et celles qui aiment la science, il n’y a pas de retour en arrière.

 

Entretien: Leonard Martin Cardenas Guilbert. Rédaction: Charlotte Vidal

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